ATD Quart Monde s’attaque aux préjugés sur la pauvreté

Une planche de Tito extraite de la BD « La bibliothèque, c’est ma maison ». ©Editions Quart Monde

Quel regard portons-nous sur la pauvreté ? Ignorée, crainte ou méprisée, elle fait l’objet de préjugés souvent issus de la vulgate libérale. Pour les combattre, le mouvement ATD Quart Monde publie une bande dessinée « La bibliothèque, c’est ma maison, et autres histoires », parue début avril.

En France, une personne sur sept environ vit sous le seuil de pauvreté. Le chiffre peut varier selon la définition économique retenue pour ce terme, mais ce qui est certain, c’est que ce taux n’a cessé d’augmenter entre 2004 et 2016.  La présence de ces femmes et hommes en situation difficile dans nos villes suscite des réactions contrastées. « Cachez ces pauvres qu’on ne saurait voir », pensons-nous la plupart du temps. La pauvreté dérange, fait peur, est victime de caricature. « Ils préfèrent rester chez eux et toucher le RSA » ; « les Roms refusent de trouver un travail pour s’intégrer » ; « Les pauvres sont des voleurs » : autant de réflexions figurant dans le top 10 des poncifs sur la précarité.

Le mouvement ATD Quart Monde, qui lutte contre la misère depuis sa fondation en 1957, tente aussi de changer le regard que porte la société sur cette réalité. « La bibliothèque, c’est ma maison, et autres histoires. Stop aux idées fausses sur les pauvres et la pauvreté » nous fait découvrir onze histoires, souvent inspirées de personnages réels noyés dans les affres de l’administration pour accéder aux soins, luttant pour la réussite scolaire de leurs enfants, quand ils n’en sont pas réduits à chercher un toit ou simplement leur prochain repas.

Contre la vulgate libérale

C’est l’histoire d’un lycéen perdu au milieu des autres, parce que sa famille a la vie dure. C’est l’histoire de Jenny, jeune femme rom amoureuse de la boxe, des enfants et des livres. C’est celle de Clément, dont le père vient de se faire licencier pour avoir pris dans une benne un gâteau d’anniversaire périmé.

« La culture, c’est aussi une nourriture nécessaire » : héroïne de l’une des onze histoires racontées dans la bande dessinée, Marion témoigne :

A travers ces récits, on s’aperçoit que nous nous sommes laissé insidieusement pénétrer par la pensée des « winners » (« gagnants »), qui veut que chaque individu soit responsable de son sort. Et ce, sans remettre en question les limites d’un système qui creuse les inégalités, peine à réduire l’échec scolaire, et privilégie le profit au détriment de salaires décents, voire de créations d’emplois. Les personnes concernées finissent parfois par se convaincre elles-mêmes qu’elles méritent ce qui leur arrive.

Chacun des onze dessinateurs qui ont collaboré au projet, à commencer par les deux parrains, Greg Newman alias Phil Aubert de Molay et Tito, a pris l’exact contrepied de la doxa libérale, dépeignant dans des récits d’aventures, de science-fiction, réalistes ou humoristiques des personnages qui luttent de toutes leurs forces et s’entraident pour s’en sortir. Afin de sensibiliser le grand public à tout ce qui creuse l’écart entre les classes sociales.

Un projet crowdfundé

L’idée vient de loin. En 2012, ATD Quart Monde lance une campagne intitulée « Lutter contre les préjugés, c’est lutter contre la pauvreté », qui se décline sous diverses formes : tracts, affiches, dessins de caricaturistes, livret pour enfants réalisé avec Astrapi, robot Twitter baptisé Zorro Clichés

Lancé en 2016 sur la plateforme de crowdfunding Ulule, le projet de bande dessinée est inspiré de l’ouvrage collectif « En finir avec les idées fausses sur la pauvreté » (éd. Quart Monde, 2015). L’appel à financement sur Internet a permis de réunir plus de 8 000 euros, répartis entre la réalisation de l’album, l’organisation de séances de dédicaces et les dons à des foyers de jeunes travailleurs, des bibliothèques ou des maisons de quartier. Les rencontres autour de l’album continueront à avoir lieu en mai et juin.

« La bibliothèque, c’est ma maison, et autres histoires. Stop aux idées fausses sur les pauvres et la pauvreté », collectif, éditions Quart Monde, 2017, 64 p., 9,90 €.

Prochains rendez-vous autour de l’album : le 1er mai à Arrasle 1er juin à Dijon. Consultez l’agenda des rencontres sur le site d’ATD Quart Monde.

Pour commander cette bande dessinée, rendez-vous sur le site des Editions Quart Monde ou (pour les professionnels) envoyez un bon de commande avec votre règlement : par mail à librairie@atd-quartmonde.org ; par courrier à ATD Quart Monde, 12 rue Pasteur, 95480 Pierrelaye. Vous recevrez l’ouvrage avec la facture.

Article modifié le 16 mai 2017.

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