Atomes crochus

Camille Tassot (à g.) et Julie Sépé (à dr.) travaillent à la centrale de Civaux (Vienne). Les deux amies sont engagées dans les Activités Sociales. ©C.Crié/CCAS

À 25 et 29 ans, Camille Tassot et Julie Sépé, agentes EDF, ont toujours évolué dans des métiers techniques, fortement masculins. Un manque de diversité qu’elles déplorent aussi lorsqu’il s’agit des âges et des entreprises de la branche.

À les voir si complices, on les croirait amies d’enfance. Elles se sont pourtant connues il y a peu, lors d’un repas jeunes agents en 2015. C’était à Chauvigny, à deux pas du CNPE de Civaux, où elles sont toutes les deux chargées d’affaires, Camille dans la maintenance génie civil, Julie en robinetterie. Ces rendez-vous informels entre jeunes, autour d’un simple « barbeuq », se tiennent mensuellement depuis quelques années. Des soirées qui peuvent tourner à plus de 80 inscrits, réunissant les agent(e)s de la centrale, de la « distrib’ » ou du gaz. Pour Camille, embauchée six mois plus tôt, rencontrer les collègues hors les murs était le « premier réflexe, quand tu arrives dans une région où tu ne connais personne ». Après avoir bourlingué en tant que conductrice de travaux, l’Ardennaise se retrouve isolée dans la Vienne. Le courant passe avec Julie, devenue noyau dur de la commission jeunes agents de la CMCAS. « Enfant d’EDF », la jeune femme a quitté sa région bordelaise à 18 ans, direction l’internat, pour un BTS maintenance industrielle à Civaux. Quand elle rencontre Camille, elle y travaille depuis dix ans.

Enfants de la dérégulation

Leur génération a vécu l’éclatement des entreprises historiques EDF et GDF, la dispersion géographique des unités et le rajeunissement des équipes. Une situation qui explique, mais ne justifie pas, selon elles, la montée d’un individualisme parmi les agents. « C’est compliqué de rassembler, témoigne Julie, correspondante de SLVie. Si on ne fait pas du rabattage… c’est dur de les faire venir. » Une situation qu’elle comprend, elle qui a longtemps évolué dans l’entreprise « sans trop se mêler aux collègues » en dehors des heures de travail. Mère de deux jeunes enfants, Julie a goûté aux vacances et aux activités jeunes agents ; elle y a appris à tisser des liens autrement, pour finir entourée, dans son cercle amical, d’une majorité de « collègues ». Après son embauche, Camille l’a rejointe dans la section jeunes agents de la CMCAS, ouverte à tous et toutes sans étiquette syndicale.

Julie et Camille au Festival d'Energies Soulac 2016 ©J.Marando/CCAS

Julie et Camille au Festival d’Energies 2016 à Soulac-sur-Mer. ©J.Marando/CCAS

Les deux amies ont la nostalgie du lien social qui existait au sein des entreprises et des Activités Sociales. « Pour les 20 ans de la centrale, tous les anciens étaient partis », regrette Julie, qui a tout de même pu « grandir avec eux ». « En perdant nos retraités, on perd leur savoir-faire et leurs compétences », ajoute la jeune femme, « au niveau technique », mais aussi côté « culture et savoir-vivre ». Dans leur tête, les anciens sont aussi ceux qui se sont battus « pour qu’on ait droit aux Activités Sociales, rappelle Camille. Ils se sont investis pour qu’on en soit bénéficiaires. On se doit de les garder ». Dans son service, « l’équipe commune », elle constate une moyenne d’âge de 25 ans : c’est aussi son âge, mais pas son idéal. Elle raconte l’ambiance familiale qu’elle a connue dans le secteur du dynamitage, après son bac et son DUT génie civil. Dans cet environnement communautaire propre aux équipes en déplacement, elle « gérait des gars » de trois fois son âge, « ses papas », comme elle les appelle.

« Une femme au même titre que les hommes »

Les deux amies admettent qu’elles exercent un « job de mec ». Elles assument, s’en amusent aussi : elles ne sont pas de « vraies filles », sont « nulles en déco », préférant monter leur stand régional au Festival d’Énergies 2016 « avec les gars ». Des gars qu’elles n’hésitaient pas à recadrer, si besoin, lorsqu’ils se montraient « un peu raides » avec les quelques bâtisseuses : « Ils sont contents qu’on soit là, ils nous taquinent. Du coup, parfois il faut les remettre d’équerre. » Motarde et pompier volontaire depuis son arrivée à Civaux (deux milieux où les femmes sont rares), Camille sait naviguer dans les ambiances mâles. Avec humour, toujours. Dans son service, note-t-elle sans ciller, « on est beaucoup : trois filles sur quinze, c’est énorme ! »

Julie Sépé et Camille Tassot travaillent à la centrale de Civaux et sont engagées dans les activités sociales. ©C.Crié/CCAS

Julie et Camille, après le boulot. ©C.Crié/CCAS

Ont-elles subi des discriminations du fait de leur sexe ? Le terme semble les chiffonner. Elles se regardent, interrogatives, cherchant presque l’approbation de l’autre. Puis, sans trop avoir à chercher, se lancent. Professionnellement, être « une nénette », qui plus est jeune et sortant de l’école, a constitué un « handicap » pour Camille. De son côté, Julie raconte les réticences, lors d’un recrutement dans l’hydraulique, alors même qu’elle présentait, selon l’employeur, la meilleure candidature : « Ils pensaient qu’une femme n’avait pas sa place, que ça allait être physiquement trop dur, et parce que les gars sont rudes. » En centrale, elle subit les changements fréquents de poste, imposés par la hiérarchie : « Parce que le terrain n’est pas pour les filles, mais aussi parce que les agents EDF ne mettent plus les mains dedans, et que la direction fait appel à des prestataires ». Enchaîne sur le non-maintien de son poste, lors de son congé maternité.

« J’ai envie de croire que c’est un concours de circonstances », justifie-t-elle. « Si tu crois en l’inégalité, tu n’arrives plus à bosser », soupire Camille, qui tente à tout moment de « positiver ». Il n’en reste pas moins qu’en tant que femme, souligne Camille, « il faut toujours qu’on prouve quelque chose, qu’on est compétentes. Du coup, on s’investit plus. Et on a un autre rapport au métier ». Chez Julie, « le choix d’être une fille parmi les hommes, sans être acceptée par tous » est de toute manière ancré depuis l’adolescence. Sans en faire un combat, chacune sent bien qu’elle doit s’imposer. Pour prouver qu’elle est, conclut Julie, « une femme au même titre que les hommes ».

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