« Au fil de mes pas, des mélodies me viennent et des mots se greffent »

©Didier Delaine/CCAS

L’artiste belgo-congolais Témé Tan a été choisi par la CCAS pour cette édition 2017 des Francofolies. La colo et les bénéficiaires présents à La Rochelle l’ont rencontré à la Maison des Francos. Un jeu de questions-réponses assez intimiste s’est créé au fur et à mesure de l’échange.

C’est dans la jolie cour ombragée de l’école Dor que Tanguy, alias Témé Tan, a échangé avec les bénéficiaires et ados de la CCAS. La veille, le chanteur s’était produit devant eux sur la petite scène du camping le Soleil. Témé Tan s’installe devant ses nouveaux fans, assis en cercle. Chacun a ses questions en tête. Personne n’ose encore se lancer. Témé Tan commence par se présenter pour estomper la timidité de ce début de rencontre.

« Je m’appelle Tanguy. J’ai 32 ans. J’habite à Bruxelles et je suis né à Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo. C’est la deuxième année que je joue aux Francos. Le voyage et la musique sont mes deux passions. Je chante en français, et parfois en anglais. »

Quand et comment as-tu commencé la musique ?

Quand je suis entré à la fac. J’écoutais beaucoup de rap et Michael Jackson. Dans ma classe, des musiciens cherchaient un chanteur. Ensuite, j’ai eu plusieurs groupes. J’ai appris à jouer de la guitare et à composer. Mais j’ai vite voulu devenir indépendant.

Comment écris-tu tes textes ?

Je n’ai pas de temps précis dédié à l’écriture. Pourtant, il le faudrait. Quand on commence à travailler avec une maison de disque, le cycle d’élaboration d’un album est imposé. Parfois, j’ai une envie subite d’écrire sur un sujet. Je marche aussi beaucoup dans Bruxelles. Au fil de mes pas, des mélodies me viennent et des mots se greffent. Mes voyages m’inspirent aussi énormément.

De quels instruments joues-tu ?

De la guitare, de la basse, et du clavier, d’une seule main. Je fais aussi un peu de percussions. Je travaille beaucoup ma voix que je considère comme un instrument. Je suis autodidacte. Apprendre à jouer d’un instrument, c’est comme un virus, on ne pense plus qu’à ça.

©Didier Delaine/CCAS

Que veux-tu transmettre à travers ta musique ?

Partager ce que j’ai découvert sur la route. Au Japon, en Afrique ou en Amérique latine. Je veux aussi expliquer ce que c’est que de grandir entre deux cultures. J’ai envie de communiquer un message positif, une certaine ouverture d’esprit. Rendre les gens curieux de styles musicaux différents.

Quelle est l’histoire de la chanson « Améthys » ?

Ma mère croyait aux vertus des pierres précieuses. La première qu’elle m’a offerte était une améthyste. Il paraît qu’elle favorise la concentration. Ma mère a toujours accordé une place fondamentale aux études. Quand j’ai commencé la fac, elle m’a offert un dictaphone pour les cours. J’ai enregistré mes premières compositions avec. Grâce à ça, j’ai réussi mes études et me suis lancé dans la musique.

Que préfères-tu sur scène ?

J’apprécie la sincérité des artistes en concert. Dans mes morceaux, je me mets à nu. J’ai toujours dit que je désirais me produire sur des petites scènes. Dernièrement, j’ai quand même eu l’occasion de faire la première partie de Matthieu Chedid. C’était cool aussi de jouer sur une grande scène. D’autant plus que j’étais seul avec ma guitare.

Comment vis-tu les retours négatifs ?

C’est difficile. C’est un métier où un jour tu es génial et le lendemain tu es remplacé. Il faut se protéger, prendre des distances avec les remarques négatives. Je suis très sensible à la critique. Je l’utilise comme un tremplin pour m’améliorer. Si une personne n’aime pas mes chansons, je vais le prendre en compte. Mais ça ne signifie pas forcément que mes textes sont mauvais.

Ton plus beau souvenir sur scène ?

Mon premier concert, à Kinshasa. Mon expérience avec Matthieu Chedid aussi. Il m’a dit qu’il avait adoré mon concert. Ça m’a beaucoup touché parce que je l’écoutais quand j’étais gamin.

Pas trop dur de concilier musique et études ?

Paradoxalement, la période de mes études [Tanguy a étudié la linguistique et la littérature anglophone et hispanophone, ndlr] est celle où j’ai fait le plus de musique. Je ne travaillais pas beaucoup. Je suis souvent allé aux rattrapages. J’ai peut-être réussi grâce à l’améthyste.

Comment t’es-tu retrouvé dans le milieu de la musique ?

Je ne connaissais personne. J’avais seulement des contacts de rappeurs belges que j’avais accompagnés mais ça ne m’a pas servi. J’ai beaucoup démarché pour jouer dans des bars et faire des premières parties. Mon nom a commencé à tourner grâce à ça. Beaucoup de groupes misent sur un tube. Moi, ce n’est pas mon envie.

Il y a beaucoup d’amour dans ta musique. Est-ce que tu as une femme ?

En fait, il y a des femmes. Mais ce ne sont pas toujours des amoureuses. « Améthys » et « Ça va pas la tête », c’est ma mère. « Matiti », c’est un clin d’œil à ma grand-mère. Je pense que je communique de l’amour pour les hommes aussi. C’est de l’amour au sens large, de l’affection.

Qu’est-ce que tu penses de la musique française actuelle ?

Je suis ravi de voir que de plus en plus d’artistes chantent en français. C’est courageux parce que c’est plus compliqué que de chanter en anglais. On vit une belle époque pour la musique chantée en français.

Un artiste avec qui tu aimerais travailler ?

Je suis un grand fan de Frank Ocean. Si Camille ou M me proposaient de travailler sur un morceau, j’accepterais avec plaisir. J’aime aussi beaucoup Lomepal.

Tu aimes raconter des histoires sur scène. N’es-tu pas plutôt un conteur ?

Normalement, je ne sais pas raconter d’histoires. Ça me fait plaisir si vous avez cette impression. Ça vient sûrement de mon côté congolais. Avec certains de mes oncles, une simple histoire dans un supermarché peut devenir un récit extraordinaire.

Est-ce que tu chantes a cappella ?

Bobby McFerrin est l’un de mes héros. Il vient sur scène avec un micro et c’est tout. Quand je n’ai pas le temps de composer de nouvelles choses, j’enregistre énormément de mélodies a cappella. J’aimerais développer ça dans mes concerts à l’avenir. Et faire plus de beatbox.

Tanguy pose la dernière question aux jeunes : « Vous serez là demain ? » Il doit se produire sur la grande scène, l’esplanade Saint-Jean-d’Acre, entre les têtes d’affiche, MHD et Black M. « Je compte sur vous, je vais avoir quatre minutes pour m’installer et conquérir le monde. » Les ados seront au rendez-vous pour soutenir leur artiste.

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