C’était Mai 68 (épisode 4) : rien ne sera plus comme avant

©Frédéric Guyot/CCAS

Après d’âpres négociations, le travail reprend à EDF-GDF le 4 juin 1968. Mais de la vie syndicale aux Activités Sociales, il y a un avant et un après Mai 1968. 

Le mardi 4 juin 1968, l’entreprise publique de l’énergie est l’une des premières à cesser la grève, alors que le mouvement de contestation reste intense dans tout le pays. Mais cette reprise du travail, souvent douloureuse après l’euphorie de mai, ne signifie en rien que l’on retourne à l’ordinaire. Le mouvement, on l’a dit dans le premier volet de cette série, est largement né des attentes de la jeunesse du baby-boom arrivant à l’âge adulte. C’est cette jeunesse qui va prendre toute sa place dans la vie syndicale à la suite de mai.

La CFDT progresse

La CGT organise les 12 et 13 novembre à la Mutualité une conférence nationale de la jeunesse, qui décide de créer un Centre confédéral de la jeunesse travailleuse. Plusieurs futurs dirigeants de la Fédération de l’énergie, comme François Duteil ou Denis Cohen, y feront leurs premières armes. Un mois plus tôt, la CFDT avait réuni au château de Bierville, dans l’Essonne, une quarantaine de jeunes électriciens et gaziers. Un responsable de l’Unef, le syndicat étudiant en pointe en Mai 68, y prend la parole. L’unité entre jeunesse étudiante – alors très minoritaire – et travailleuse est un des thèmes principaux de la réunion. « Mai 68 a mis en évidence que, jamais, il n’était autant apparu, même aux yeux des organisations syndicales, que la jeunesse n’acceptait pas de vivre sans qu’on tienne compte de ses désirs », écrit le journal des électriciens et gaziers CFDT en octobre 1968.

Entre les deux confédérations syndicales, la rivalité s’accentue à la suite de Mai 68. Toutes deux gagnent des adhérents, dans un contexte d’intense politisation. Mais qu’en pensent les salariés d’EDF-GDF ? Les élections professionnelles de 1969 apportent la réponse. La CGT chute de 4 points – même si elle reste majoritaire avec 55,8% des voix – au bénéfice de la CFDT. La centrale, qui défend alors les thèmes du « pouvoir syndical » et de l’autogestion des entreprises, est la grande gagnante de Mai 68. Le nombre de ses adhérents à EDF-GDF passe de 25 361 en 1967 à 26 414 deux ans plus tard.

À la CCAS, un renouveau pédagogique

L’irruption de la jeunesse dans la vie publique se manifeste aussi au sein des Activités Sociales des Industries électriques et gazières, à travers ses revendications de renouveau. C’est en 1968 que sont organisés par la CCAS les premiers séjours jeunes à dominante culturelle, sportive ou scientifique.

L’année suivante a lieu la première rencontre jeunesse (six autres suivront jusqu’en 1980) rassemblant les animateurs des centres de vacances et les responsables de la CCAS. Il y est largement question de nouvelles méthodes d’animation et de pédagogie en phase avec les réflexions anti-autoritaires de l’époque.

Hausse des salaires contre renoncement à la grève

Le gouvernement du Premier ministre Jacques Chaban-Delmas, nommé à la suite de la démission surprise du général de Gaulle de la présidence de la République le 27 avril 1969, entend prendre en compte ces aspirations de la jeunesse et bâtir une « nouvelle société ». Aux salariés d’EDF-GDF est ainsi proposé un « contrat de progrès » selon lequel le gouvernement s’engage à faire progresser les salaires en fonction de la croissance économique en échange d’un renoncement des salariés à la grève (sauf préavis d’au moins trois mois).

La proposition divise les syndicats. Le 10 décembre 1969, FO, l’UNCM (ancêtre de la CGC) et la CFDT signent ce « contrat de progrès ». Mais la CGT, majoritaire au sein d’EDF-GDF, contre-attaque en organisant un référendum. À l’été 1970, ses résultats sont sans appel : 54,5 % des salariés d’EDF-GDF se prononcent contre. Le « contrat de progrès » est enterré, et avec lui le progrès de « nouvelle société » de Chaban-Delmas.

Que reste-t-il, cinquante ans plus tard, de l’effervescence de Mai 68 ? La jeunesse qui portait le mouvement a, c’est une évidence, vieilli et parfois pris ces responsabilités que conspuaient les révoltés de mai. On peut en sourire. Reste cependant indiscutable le constat que Mai 68 a fait souffler sur le mouvement syndical et plus généralement sur la société française un intense vent de renouveau.


C’était Mai 68 : chronique des luttes à EDF-GDF

©Frédéric Guyot/CCAS

Voir l’ensemble de la chronique
Les autres épisodes :

•  Episode 1 : avoir 20 ans à EDF-GDF
•  Episode 2 : la grande grève
•  Episode 3 : EDF-GDF entre en négociation

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