A qui profite Linky, le compteur communiquant ?

Le compteur communiquant © ERDF

Le compteur communiquant © ERDF

Trois millions de compteurs communicants Linky devront être installés d’ici la fin de l’année. D’ici 2020, 90% des foyers devraient être équipés des petites boîtes vert anis qui permettent, à l’usager comme aux industriels, de suivre heure par heure la consommation électrique. En théorie, tout le monde semble gagnant. Mais en pratique, à qui profite Linky ?Selon la directive européenne du 13 juillet 2009, 80 % des foyers européens devront être équipés de compteurs communicants d’ici 2020, soit un marché estimé à 40 milliards d’euros. Bonne affaire pour les firmes qui les produisent (six ont été retenues par ERDF pour Linky, qui se sont toutes engagées à fabriquer les quelques 35 millions de nouveaux compteurs en France), cette micro-révolution industrielle sert d’abord les intérêts des gestionnaires de réseaux électriques. D’une part parce qu’ils leur permettront des économies considérables de coût de gestion. Des opérations courantes, comme le relevé de la consommation, la résiliation d’un abonnement, la coupure ou le rétablissement d’une connexion, pourront être faites à distance, sans nécessiter le déplacement d’un agent. D’autre part parce qu’ils contribueront à ces réseaux intelligents, ajustant automatiquement production et consommation d’électricité, dont tous les experts s’accordent à dire qu’ils seront indispensables à la transition énergétique.

Ils permettront de mieux gérer le caractère nécessairement intermittent, car conditionné à la météo, de la production des fermes éoliennes comme des centrales photovoltaïques. Mais aussi, du côté de la consommation, d’anticiper le développement attendu des voitures électriques, qui devraient être près de 800 000 en France d’ici 2020. Le rechargement des batteries d’un seul véhicule, lorsqu’il est opéré en une heure, représente l’équivalent de la consommation d’un immeuble. Autant dire qu’il y a là une possible déstabilisation des réseaux de distribution, qu’il est nécessaire de prévenir en les rendant « intelligents », c’est-à-dire capables d’anticiper les besoins en fonction des habitudes de consommation constatées. Comme l’explique Philippe Monloubou, président du directoire d’ERDF qui a investi plus de 5 milliards d’euros dans le projet, « Linky n’est qu’un maillon, mais un maillon indispensable » dans le développement des réseaux intelligents.

Les fournisseurs d’électricité n’ont eux aussi que des raisons de se réjouir du développement des compteurs communicants. Ils leur permettront d’affiner leurs tarifs, avec des formules plus complexes que les actuelles heures pleines/heures creuses, adaptées à la consommation de chaque usager. « Jusqu’ici, la consommation électrique était pour nous un territoire obscur avec au mieux un ou deux index par an. Grâce à ces compteurs, nous allons avoir une visibilité beaucoup plus fine, les données pouvant être récoltées heure par heure », souligne Alain Chardon, directeur « transition énergétique » chez Cap Gemini Consulting. Même si c’est moins avouable, alors que 20 % de la population française est en situation de précarité énergétique, les fournisseurs n’ont que des raisons de se réjouir des possibilités techniques qu’offrent les compteurs communicants de réduire les fraudes et de passer à distance les foyers incapables de payer leurs factures en mode « compteur à budget », où l’électricité est payée avant même d’être consommée.

Et qu’en est-il des usagers ? ERDF affirme sur son site que Linky leur procurera deux avantages : une facturation « calculés sur la base de la consommation réelle et non sur une estimation » grâce aux relevés à distance ; et la possibilité que de nombreuses interventions soient menées sans nécessiter la présence de l’usager. Avantages incontestables, et gratuits puisque ERDF affirme que le « remplacement du compteur ne coûtera rien aux clients » car «  le projet est financièrement équilibré : les gains engendrés par le nouveau compteur (diminution des pertes et des interventions) viendront couvrir dans la durée les dépenses engagées par ERDF ».

Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Pas certain. Car Linky est aussi une occasion ratée en matière d’économie d’énergie. Toutes les études menées dans des pays européens ayant déjà adopté les compteurs communicants (90 % des foyers en Italie, 99 % en Suède…), montrent qu’ils sont susceptibles de diminuer la consommation d’un ménage de 5 à 15 % mais à condition sine qua non qu’ils soient couplés à un système affichant en temps réel dans l’habitat la consommation et l’état du réseau. Avec de tels dispositifs, il devient possible d’attendre, pour lancer une machine à laver ou un sèche-linge, ou recharger un appareil mobile, les heures où l’électricité est la plus abondante donc la moins chère. De même que les voitures modernes affichent la consommation instantanée en carburant, ce qui permet d’ajuster sa conduite pour la rendre plus économique, les compteurs communicants permettent techniquement de suivre heure par heure la consommation d’un foyer. Initialement prévue dans le cahier des charges de Linky, cette fonctionnalité n’a finalement pas été retenue. L’usager pourra certes consulter le détail de sa consommation, mais rétrospectivement, par un compte dédié sur internet. Ce qui ne l’encouragera pas à ajuster sa consommation en temps réel en fonction des disponibilités en électricité. Certes, des fournisseurs, comme Direct Energie, proposent ce service, mais le facturent à prix fort, alors qu’il aurait du participer d’un service public tourné vers la modération de la consommation d’énergie.

3 Commentaires
  1. BOZZARELLI 3 années Il y a

    Le « Hiatus » d’importance, voire capital, reste le Non report dans l’appartement où l’habitation quelle qu’elle soit, des informations en temps réel, permettant aux consommateurs d’adapter l’utilisation de leurs appareils électro-ménagers, véhicule où chauffage électrique aux disponibilités du réseau et des tarifications allégées correspondantes, en bref: impossibilité de devenir des éco-consommateurs en temps réel, et de maîtriser les coùts énergétiques facturés. Très, Très individuellement et collectivement Dommageable.

  2. christiaen 3 années Il y a

    en immeuble collectif je ne vois pas les « clients » aller verifier leur compteur dans les gaines techniques ce compteur doit etre dans l interet de la direction encore gestion et rabotage de personnel amicalement

  3. brulant michel 4 années Il y a

    actuellement un abonnement a 30 ampères le disjoncteur qui est mecanique declenche a environ 38 ampères .AVEC L ELECTRONIQUE CE NE SERA PAS LA MEME CHOSE .il faudra passe a un abonnement 45amperes

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