Les films dont vous êtes les auteurs

Depuis le mois de mai, les agents sont invités par le réalisateur Benoît Labourdette à croquer leur vision du travail, dans le cadre d’un projet commun de la CCAS et de la CMCAS de Poitiers (capture d’écran).

Du 10 au 19 février, le festival Filmer le travail réunira de nouveau cinéastes, sociologues, militants et travailleurs à Poitiers, dans la Vienne. Non loin de la centrale nucléaire de Civaux, des agents s’activent de leur côté à faire tout un cinéma de leur travail – voire l’inverse ! – avec la CMCAS de Poitiers ou la vie associative locale.

Tous les ans au mois de février, le festival Filmer le travail dissémine sa multitude de regards décalés sur le travail dans divers lieux de Poitiers. Son programme comme ses prix sont à l’image de l’association qui l’organise, naviguant entre amour du cinéma et action culturelle : projections-débats, compétition internationale, concours Filme ton travail ! ouvert aux travailleurs, prix des lycéens et des apprentis, mais aussi des détenus, en partenariat avec le Spip de la Vienne… Le festival est le point d’orgue d’un travail de fond de l’association Filmer le travail, au croisement d’objectifs cinématographiques, scientifiques et citoyens.

Lire aussi : « Aujourd’hui, la démocratie s’arrête aux portes de l’entreprise », entretien avec Yves Gaonac’h, vice-président de l’association Filmer le travail et réalisateur de « Tête haute, 8 mois de bagarre ».

En parallèle du festival, non loin du CNPE de Civaux, deux initiatives créent des ponts entre travailleurs et expression cinématographique. En leur permettant de devenir projectionniste amateur, avec l’association Chauvigny Cinéma ; ou de fabriquer soi-même, avec la complicité du réalisateur Benoît Labourdette, de courts films sur le travail, qui seront projetés sur les murs de Poitiers au cours du festival.

Un mot, un dessin, un commentaire

Partenaires de l’association Filmer le travail, la CMCAS de Poitiers et la CCAS, au travers des Pratiques amateurs aux rendez-vous de la lecture et de l’écriture (Parle), regorgent de projets. Exemple récent : le 15 décembre dernier, au restaurant méridien de Poitiers, les agents étaient invités à un atelier d’expression sur le travail. Le principe : munies de feutres, les mains s’activent à griffonner un dessin autour du mot « travail », sous l’œil de la caméra ; puis l’auteur du dessin commente sa proposition, en voix off. L’expérience avait déjà été proposée lors du dernier festival des jeunes agents à Soulac-sur-Mer (Gironde), les 14 et 15 mai 2016. Autre temps, autre ambiance, mais même paradoxe de fraîcheur et de profondeur dans l’expression.

Le réalisateur Benoît Labourdette, passeur de savoirs et passé maître en éducation populaire à l’image, résume ainsi le dispositif : « Ce qu’on fait est modeste, mais ça va très loin. » Modeste, car « très léger en terme d’implication technique » : « Ça permet de se concentrer sur l’expression. Ça prend dix minutes, on intervient dans un contexte où les gens ont peu de temps. On ne peut pas leur demander plus. » L’acte créatif demande peu d’investissement, mais révèle justement beaucoup. « Notre travail est de leur donner confiance, explique Benoît Labourdette, et de les inviter, par quelques mots, à s’ouvrir à leur expression. Certains sont plus en résistance que d’autres, certains livrent des choses très personnelles. » Une brèche ouverte à l’aide d’un simple coup de crayon, déposé à la volée avant de reprendre le boulot. « Chacun a des choses en soi à dire ; ce qui manque, c’est la confiance et d’oser. L’encadrement bienveillant et la proposition créative amènent cette possibilité. »L’ensemble des contributions seront projetées sur les murs de la ville de Poitiers, lors d’une déambulation nocturne au pico-projecteur (vidéoprojecteur miniature, donc transportable), le 18 février.

À Chauvigny, plus qu’un cinéma récréatif

À Chauvigny, à deux pas du CNPE de Civaux, un petit cinéma associatif continue de lutter pour conserver une programmation culturelle qui fait sens. Son trésor : le Rex, racheté il y a plus de vingt ans par l’association Chauvigny Cinéma, après sa fermeture par le précédent propriétaire. Depuis, le Rex s’anime plusieurs fois par semaine grâce à des bénévoles, pour proposer aux habitants une séance à 6,50 euros. Au mois de janvier, le Rex projette aussi bien le blockbuster américain « Premier contact » qu’une série de courts métrages pour les tout-petits (« la Chouette entre veille et sommeil« ), et organise un ciné-débat autour de « la Sociale » de Gilles Perret, en sa présence. Une programmation à échelle humaine, alternative au multiplexe commercial de Buxerolles, dans l’agglomération de Poitiers, à une trentaine de kilomètres de là.

Lire aussi : Vive la Sécu !, entretien avec Gilles Perret, réalisateur de « la Sociale »

« On a une liberté de programmation plus grande, témoigne Georges Pierdet, président de l’association Chauvigny Cinéma et ancien chef de service à Civaux. On regarde l’intérêt culturel, ce qu’un film peut apporter au spectateur, plutôt que sa rentabilité. » Derrière l’écran, une quarantaine de projectionnistes et programmateurs bénévoles s’activent, parmi lesquels beaucoup d’agents de la centrale de Civaux. C’est le cas de Jean-Yves Maugis, agent EDF depuis trente ans et projectionniste au terme d’une « formation par compagnonnage » : « Le cinéma associatif nous permet d’être engagés et d’avoir des débats, d’inviter des intervenants et des associations… C’est plus qu’un cinéma récréatif. » L’association propose un cinéma tout public, jeunesse ou militant, mais aussi classé Art et essai, auquel s’est initié Jean-Yves Maugis, en passant derrière l’écran : celui qui se considérait comme un « cinéphile grand public » ne serait jamais allé voir ces films « pour intellos ». Ce qu’il a appris à goûter et à apprécier.

Jacques Taupeau, retraité EDF, projectionniste bénévole au Rex pour Chauvigny Cinéma et administrateur de la CMCAS de Poitiers. ©C.Crié/CCAS

Jacques Taupeau, retraité EDF, projectionniste bénévole au Rex pour Chauvigny Cinéma et administrateur de la CMCAS de Poitiers. ©C.Crié/CCAS

Affiche8efestivalinternationalFilmerletravail-Poitiers10au19fevrier2019.jpg Filmer le travail, du 10 au 19 février
Au programme de cette 8e édition : concours Filmer le travail !, projections-débats, conférence gesticulée du sociologue Bernard Friot, l’Espagne à l’honneur des Rendez-vous cinéma, séances jeune public, exposition « Bonjour collègue ! » sur la convivialité au travail…
Les 17 et 18 février, la CMCAS de Poitiers et les Parle tiendront un stand créatif à l’espace Mendès-France, n’hésitez pas à vous en emparer ! Plus d’informations sur le blog des Parle.
Suivre l’actualité du festival sur Facebook et sur filmerletravail.org
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