Les Jeunes, les Enfants (et l’Art) d’abord !

La deuxième édition du festival les jeunes et les enfants d'abord © Joseph Marando/ccas

Deuxième édition du festival Les Jeunes et les Enfants d’abord! ©Joseph Marando/ccas

Le week-end dernier, le centre de vacances de La Ville du Bois (Essonne) a vécu un moment artistique et familial, en accueillant la deuxième édition du festival Les Jeunes et les Enfants d’abord ! Aux côtés des animations proposées par sept CMCAS d’Ile-de-France, le public était invité à de nombreuses expériences artistiques misant sur son active participation.

Annoncé depuis des mois, le festival artistique et familial Les Jeunes et les Enfants d’abord! a eu lieu le week-end dernier, pour la deuxième année consécutive, au centre de vacances de La Ville du Bois, à une trentaine de kilomètres au sud de Paris. Le samedi matin dès dix heures, les sept présidents des CMCAS organisatrices(1) accueillent les premiers bénéficiaires d’Ile-de-France pour les guider au sein du festival. C’est que la douzaine de spectacles, ateliers et installations dispersés sur le site y fait régner un air de joyeuse folie : danse, cinéma, concert, théâtre d’objet, cirque, éveil corporel et animations en tous genres promettent un riche programme aux quelques deux cents personnes attendues. Mélange des arts et des générations, Les Jeunes et les Enfants d’abord! donne un sens profondément affectif à l’expérience artistique collective.

Des espaces et temporalités multiples

En plein air, assis dans l’herbe, on s’émerveille du mime et des cerceaux cinglés de Nicolas Longuechaud (Opticirque) et des jongleries champêtres et musicales de Vincent de Lavenère. D’autres atmosphères, plus confidentielles, confinent un petit groupe dans l’intimité d’un espace coupé du monde, où l’on partage avec quelques autres un moment artistique feutré. C’est le cas de La caravane ensorcelée ou du Vidéobule, deux authentiques caravanes plantées côte-à-côte, que seuls un peu de curiosité et de courage incitent à pénétrer. La première, blanche et rouge, projette des courts-métrages en continu, issus d’un catalogue de plusieurs centaines de films, piochés de tête par le programmateur Christophe Liabeuf à partir d’un échange informel précédant la séance. Bref, du cinéma à la carte, sans programme ni horaires, en fonction des aspirations de chacun. « Il n’existe pas deux journées identiques, car l’enchaînement n’est jamais le même, souligne Christophe Liabeuf. Deux ou trois projections permettent quasiment de faire le tour du monde ou de l’histoire du cinéma depuis ses débuts [le catalogue remonte à 1895, NDLR], de découvrir différentes techniques d’animation. (…) C’est une éducation ludique à l’image. » Entre chaque projection, la porte s’ouvre pour décider ensemble de la suite, ou pour qu’entrent d’autres compagnons de visionnage. Pour ceux qui sortent, juste à côté se trouve le Vidéobule, à mi-chemin entre studio vidéo et photomaton, dont la fonction pourrait être ainsi résumée : « exprimez-vous ! »

La réalisatrice Youlia Rainous explique quelques techniques d’animation à Sinead Restoueix et Liam, 7 ans et demi, bénéficiaires de Pantin, CMCAS Hauts-de-Seine© Joseph Marando/ccas

La réalisatrice Youlia Rainous explique quelques techniques d’animation à Sinead Restoueix et Liam, 7 ans et demi, bénéficiaires de Pantin, CMCAS Hauts-de-Seine© Joseph Marando/ccas

Non loin de là, à mi-chemin entre les grands espaces et le confinement, les siestes sonores de l’installation Élémentaires invitent des auditeurs, casque antibruit sonorisé sur les oreilles, à s’installer sur une chaise longue pour glisser progressivement d’un espace sonore à l’autre. Compositeur au sein de l’association Espaces Sonores, Stéphane Marin propose ici « des sons qui ont une force, une vitalité (…), une dramaturgie qui déboussole les modes de relation à l’écoute, de manière douce : ce sont des choses assez pointues que les auditeurs n’auraient pas écouté d’eux-mêmes». Allongés au soleil une demi-heure, les écoutants se laissent piéger par le concept de « sieste », qui ne les prépare pas à être ainsi chamboulés : des bruits urbains, pris à proximité d’une autoroute, on s’éloigne vers les campagnes d’ici et d’ailleurs, pour terminer entourés de sons abstraits qu’on ne sait plus reconnaître. Leur énorme casque juché sur les oreilles, la plupart des enfants scrute alors les alentours, cherchant le contact ; mais les yeux des grands sont fermés… ils sont partis.

La danse sur le qui-vive

Summum de l’expérience artistique collective, la chorégraphie familiale des Lecteurs complices, de la compagnie David Rolland, fait du public l’objet et le sujet du spectacle. Parents et enfants prennent part à une danse collective, tantôt imitant les mouvements simples des deux danseurs postés sur scène, tantôt suivant les consignes du petit livret distribué à l’entrée de la salle. « Ce spectacle a une fonction sociale et politique, explique la danseuse, Valeria Giuga. C’est un outil de médiation entre la danse contemporaine en salle et le spectacle tout public. Il permet aux gens d’expérimenter des choses qu’ils ne vont pas forcément voir. »

"Ce qui m’a plu, c’est le partage avec les enfants". Elham Elhabbi et Rani, 6 ans, bénéficiaires de Triel-sur-Seine, CMCAS Yvelines © joseph Marando/ccas

« Ce qui m’a plu, c’est le partage avec les enfants ». Elham Elhabbi et Rani, 6 ans, bénéficiaires de Triel-sur-Seine, CMCAS Yvelines © joseph Marando/ccas

S’il fallait un symbole, peut-être, de ce festival, ce serait ce petit livret bleu, accessoire discret mais central des Lecteurs complices. Comme support d’instructions (« croisez les bras et tournez sur vous-mêmes »), il est un moment de lecture et de chorégraphies autonomes, espace de création et de recherche corporelle : il n’y a pas de « bonne manière » de faire, puisque chacun fait comme il peut, s’amusant gentiment des propositions des autres, trop concentré pour se demander ce qu’on est en train de faire. Quelques gloussements accompagnent au début les gestes farfelus et les équilibres précaires ; mais à mesure que les pages et les mouvements s’enchainent, guidés par les danseurs ou en autonomie, les sourires s’estompent et les mines se concentrent, les gestes prennent de l’amplitude. Comme outil de danse, qu’on prend, qu’on pose ou qu’on échange avec son voisin, il libère la gestuelle et « crée des liens, ou forme un groupe : une communauté se construit » constate la danseuse. Dans la grande salle des Lecteurs complices, comme partout ailleurs au sein du festival, l’art est un prétexte au rapprochement des corps, à l’échange interpersonnel et au partage ludique d’une même expérience.

Puis vient (fallait-il le révéler ?) le « spectacle » proprement dit : filmées secrètement tout au long de la performance, les familles désormais calmement enlacées sur la piste se regardent évoluer avec grâce sur l’écran central, attendries par le tour – ou serait-ce par elles-mêmes ?

Sébastien Colin et sa fille Emma, 8 ans, bénéficiaires de Moret-sur-Loing, CMCAS Seine-et-Marne © Joseph Marando/ccas

Sébastien Colin et sa fille Emma, 8 ans, bénéficiaires de Moret-sur-Loing, CMCAS Seine-et-Marne © Joseph Marando/ccas

En dehors des ateliers, spectacles et animations programmés tout au long du week-end, le centre de vacances a offert ses balançoires, ses terrains de sport et ses très populaires trampolines géants à des grappes de gamins en liberté, courant de l’un à l’autre comme s’ils allaient disparaître.

Leila Kadioui et Awadef, 12 ans, bénéficiaires d’Aubervilliers, CMCAS Seine-Saint-Denis© Joseph Marando/ccas

Leila Kadioui et Awadef, 12 ans, bénéficiaires d’Aubervilliers, CMCAS Seine-Saint-Denis© Joseph Marando/ccas

Awadef Kadioui, 12 ans, se souvient très bien de la dernière édition : « J’étais venue avec une amie et sa mère. On avait fait du trampoline, il y avait des marionnettes, des histoires à raconter… J’aime bien, parce que ça me change : j’habite à Aubervilliers, et c’est pas du tout la même chose … Il y a plus de bruit, alors que là, c’est calme. » Sa mère, Leïla, agent EDF à La Défense (Hauts-de-Seine), fourche lorsqu’on lui demande pourquoi elle a tenu à revenir cette année : « parce que ça m’avait … parce que ça nous avait plu. » Puis elle admet franchement : « J’en profite tout autant. »

(1) CMCAS Essonne (91), Paris (75), Seine-et-Marne (77), Seine-Saint-Denis (93), Val-de-Marne (94), Val-d’Oise (95) et Yvelines (78).

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