La nouvelle carte du monde

Centrale nucléaire en Inde © Gabriel Liesse/EDF

Centrale nucléaire en Inde © Gabriel Liesse/EDF

Le nucléaire, énergie d’avenir ? L’idée traverse une mauvaise passe en Europe depuis la décision de l’Allemagne de sortir du nucléaire et celle de la France de réduire la part du nucléaire à 50 % de son bouquet électrique. Mais si l’on envisage la question à l’échelle mondiale, l’atome reste l’une des solutions aux problèmes d’approvisionnement énergétique d’une planète où un homme sur cinq continue à ne pas avoir accès à l’électricité. Les principaux Etats des pays du Sud en sont en tout cas convaincus.

Durant l’année 2015, dix nouveaux réacteurs sont entrés en service. Sept autres ont été mis en chantier, ce qui rapproche des niveaux d’avant l’accident de Fukushima en 2011, qui avait conduit à un gel, ou une révision à la baisse, de la plupart des programmes nucléaires civils. Le cœur de cette croissance se situe en Asie. Huit des dix réacteurs mis en service l’an passé l’ont été en Chine (les deux autres, en Corée du Sud et en Russie).

L’empire du Milieu compte à ce jour 31 réacteurs en activité et 24 en construction. A ce rythme, il dépassera d’ici une décennie la France, qui dispose du deuxième parc électronucléaire au monde, derrière les Etats-Unis. Son grand rival indien, qui exploite à ce jour une vingtaine de réacteurs, a pour ambition de décupler d’ici à 2032 la puissance de son parc électronucléaire. Cet engagement, parallèle à celui de développer massivement l’énergie solaire, faisait du reste partie des propositions volontaristes du gouvernement indien lors de la COP21.

Les autres puissances asiatiques ne sont pas en reste. Cinq réacteurs sont en construction en Corée du Sud, qui compte accroître d’ici à vingt ans la part du nucléaire de 30 à plus de 50 % dans son mix électrique. Et même le Japon, pourtant traumatisé par l’accident de Fukushima, remet progressivement en activité ses centrales.

Une même dynamique s’observe sur les continents africain et sud-américain. Le Brésil, dont le système électrique dépend pour l’essentiel des barrages, s’inquiète des risques potentiels du réchauffement climatique et des sécheresses qui y seront associées pour la sécurité de son approvisionnement. Après des années d’interruption, le chantier du troisième réacteur national vient d’être relancé, et une réflexion est engagée pour définir les emplacements de quatre nouvelles centrales. Dans l’Argentine voisine, premier pays d’Amérique latine à s’être doté d’installations électronucléaires à la fin des années 1970, le site d’Atucha, où le second réacteur est entré en pleine activité en février dernier, doit lui aussi être développé. Enfin, l’Afrique du Sud, seule nation du continent noir à avoir développé un programme électronucléaire, compte multiplier par cinq sa capacité de production en construisant huit nouveaux réacteurs, pour lesquels les appels d’offres sont en cours.

Plus important encore, plusieurs pays du monde arabo-musulman, confrontés à leur croissance démographique et à l’explosion des besoins énergétiques qui l’accompagne, initient de toutes pièces un programme électronucléaire. C’est le cas de la Turquie, qui a posé la première pierre du réacteur d’Akkuyu, sur la côte méditerranéenne, l’an passé, ou de l’Egypte, qui s’apprête à en faire de même à Dabaa. Ces deux centrales devraient entrer en service en 2020. Même les monarchies pétrolières du Golfe, conscientes que leurs ressources en hydrocarbures ne sont pas inépuisables, envisagent de se doter de capacités électronucléaires. Les Emirats arabes unis ont mis en chantier une première centrale, tandis que l’Arabie saoudite négocie la construction de plusieurs centrales avec différents partenaires.

Une nouvelle géographie industrielle mondiale émerge sous nos yeux, à mesure que les pays du Sud accèdent à l’énergie électronucléaire. Et force est de constater que les puissances historiques en la matière – France, Etats-Unis et Japon – se montrent distancées par leurs concurrents des pays émergents. C’est avec les Russes que les Turcs construiront leur première centrale – même si la montée des tensions entre les deux Etats du fait de la guerre en Syrie menace de remettre en cause leur accord.

Les Egyptiens ont effectué le même choix du partenariat avec la Russie. Les Saoudiens ont de leur côté conclu un accord avec les Chinois, tandis que leurs voisins émiratis ont signé avec les Coréens du Sud. Il n’est guère qu’en Inde, où l’industrie nucléaire russe est historiquement très présente, et au Brésil que les industriels français ont pu conclure quelques contrats, tandis que le Japon et les Etats-Unis semblent avoir renoncé à exporter leur savoir-faire en matière de nucléaire civil. La relance mondiale de l’électronucléaire dessine ainsi une nouvelle carte du monde, où les puissances émergentes d’hier se posent de plus en plus comme acteurs incontournables de la filière.

2 Commentaires
  1. bernard ANCEL 3 années Il y a

    Sujet d’actualité traité d’une façon étonnante par le Président Français actuel et son gouvernement.
    Article bien construit et très intéressant, bravo à l’auteur.
    A présenter et commenter largement

  2. CHEVALIER 3 années Il y a

    bien il faut informer..communiquer au maximum

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