Yves Gaonac’h : « Aujourd’hui, la démocratie s’arrête aux portes de l’entreprise »

Affiche de l’édition 2017 du festival.  ©DR

Réalisateur de « Tête haute, 8 mois de bagarre », qui contait la reprise en main par ses ouvriers de la Fonderie du Poitou, Yves Gaonac’h est aussi vice-président du festival Filmer le travail, qui aura lieu du 10 au 19 février à Poitiers (Vienne).

Qu’apporte la présence d’un comité d’entreprise au festival Filmer le travail ?

La CCAS est le seul comité d’entreprise présent au festival. C’est une présence qu’on souhaite depuis l’origine. C’est pour cette raison qu’on a initié le concours Filme ton travail ! C’est une vraie porte d’entrée vers le monde du travail. C’est aussi un appel d’air pour travailler avec d’autres comités d’entreprise.

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Le concours Filme ton travail ! privilégie les formes courtes et les appareils vidéo portables. Pourquoi ce choix ?

On peut avoir une idée et savoir l’exprimer de manière cinématographique : nous avons une compétition pour cela, le concours international. Mais on peut être impressionné par le cinéma, et dans ce cas, les formes courtes paraissent moins ambitieuses, plus abordables, et permettant à chacun de s’exprimer. Ça rend peut-être la création plus authentique. Nous, on ne fait pas de différence sur la qualité du travail. Il y a d’ailleurs des professionnels du cinéma ou du journalisme qui ont concouru à Filme ton travail !

Le cinéma permet de parler du travail autrement, par rapport à d’autres formes d’expression artistique ?

La caméra est plutôt un empêchement : c’est plus facile aujourd’hui d’être une petite souris et de s’intégrer à l’entreprise que d’entrer avec une caméra. Ça fait peur, notamment aux directions, même si on n’est pas là pour dévoiler des secrets de fabrication ou parler des conditions de travail ! Aujourd’hui, l’un des mondes les plus fermés est le monde de l’entreprise. La démocratie s’arrête à ses portes. Filme ton travail ! était une manière d’entrer dans les entreprises. Ou d’en faire sortir des images.

« On était étonné de la réussite du festival : on est à une époque où le travail est attaqué de toutes parts, on sent un vrai intérêt à le questionner et à approfondir le sujet. »

Portrait d'Yves Gaonac'h ©DR

Portrait d’Yves Gaonac’h.  ©DR

Les luttes sociales actuelles drainent une dramaturgie particulière, très cinématographique, de victoires et de défaites. Dans votre film « Tête haute, 8 mois de bagarre« , ou dans celui de Françoise Davisse, « Comme des lions », est-ce un ressort scénaristique ?

Dans « 8 mois », j’ai voulu montrer une victoire, pour casser l’effet médiatique où l’on ne voit que des défaites. Je suis toujours interloqué par une phrase d’un des travailleurs dans la lutte : « Je ne me suis jamais autant battu pour un métier que je déteste. » Dans les luttes sociales, il y a toujours une dramaturgie : on ne sait pas où ça va finir… et il y a aussi des drames humains, sociaux et familiaux. D’autre part, pendant les luttes, on a accès aux entreprises, et à ce moment-là, on peut filmer. Le film de Françoise Davisse, comme le mien, sont issus du fait que dans ces cas, les salariés reprennent possession de l’usine, ce qui permet d’y faire rentrer les caméras.

Lire aussi : « Je voulais montrer un combat social de l’intérieur« , entretien avec Françoise Davisse

Y a-t-il encore de belles histoires à raconter sur le travail ?

Sur le festival, une exposition est consacrée à la convivialité au travail. Tous les ans, il y a des films sur la beauté du travail, ou sur les bienfaits que procure le fait de travailler. Ce n’est pas qu’un lieu de luttes et de conflits.

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