Cédric Chiron, agent Enedis et pompier volontaire

Cédric Chiron, 36 ans, responsable technique chez Enedis et pompier volontaire. ©Bertrand de Camaret/CCAS

Depuis dix-huit ans, Cédric Chiron mène deux vies parallèles : sapeur-pompier volontaire, un rêve de gamin, et responsable technique d’exploitation chez Enedis à Carrières-sous-Poissy, dans les Yvelines. Portrait d’un obstiné.

C’était le 25 juillet 2000. Le Concorde d’Air France en direction de New York venait de s’écraser en région parisienne, faisant 113 victimes. Le sapeur-pompier volontaire Cédric Chiron passe la nuit « à éteindre le feu et à sortir les corps ». Il a 18 ans, et un mois et demi de caserne derrière lui. « Certains disaient que je n’avais rien à faire là. » Mais voilà, l’ampleur de la catastrophe était telle que les petites mains, même les plus inexpérimentées, étaient les bienvenues. Un souvenir, pas un traumatisme. C’est « l’intervention la plus dure » de sa carrière.

« On en parle encore entre nous », dit-il simplement. Depuis, Cédric a en vu d’autres. D’autres feux, d’autres accidents, d’autres victimes. Et la mort, bien sûr. « Des jeunes, des vieux… Pas d’enfants, je touche du bois », sourit-il en distrayant sa fillette de 5 mois assise sur ses genoux. S’il faut être dur, « car ces choses-là sont marquantes », à force, dit-il, « on est détaché de la mort. On finit par passer à autre chose ».

Un coup de foudre

Le rêve de gamin n’a pas été écorné donc, bien au contraire. Depuis surtout, le jeune pompier – il s’était engagé après un coup de foudre pour le métier à l’occasion d’une rencontre avec des professionnels au temps du lycée – a gravi les échelles, celle des casernes, en se coiffant du casque de sergent-chef, responsable d’un camion sur Sannois, dans le Val-d’Oise. À Enedis aussi, il a tracé sa route. Entré comme apprenti conseiller clientèle au début des années 2000, il est aujourd’hui responsable technique d’exploitation… Le mérite d’un persévérant, la fierté d’un travailleur.

Dix-huit ans au service de la solidarité, ça forge un homme : « Rigueur et esprit d’arme », résume-t-il sur le ton de ceux qui donnent beaucoup mais parlent peu d’eux-mêmes. Cet « esprit militaire », Enedis le voit d’un bon œil, « comme un plus », même si Cédric « arrive parfois au boulot sans le quota de sommeil ». En tous les cas, l’entreprise met à profit ses compétences ; le sergent-chef Chiron y prodigue des formations de secourisme.

Vies de famille

Cette vie double, il faut l’assumer. « Avant, j’étais à dix gardes par mois, aujourd’hui j’en suis à cinq ou six. » Des gardes effectuées sur ses disponibilités, le soir, les week-ends. Aujourd’hui, il a réduit la voilure. Deux enfants ont changé l’emploi du temps. Et à 36 ans, « on n’accuse plus le coup de la même manière ». Mais il arrive encore à Cédric « de sortir de la garde à 7 heures du matin et d’être au travail à 8 heures ».

©Bertrand de Camaret/CCAS

Et lorsqu’il retourne à la caserne, ce président de l’amicale de l’association des pompiers de Sannois, dans le Val-d’Oise, doit mettre le nez dans le budget, la vente des calendriers ou organiser le Noël des enfants. Cédric Chiron se moque lorsqu’on lui parle d’indemnités : « Ça permet à peine d’aller deux ou trois fois au restaurant avec la famille. » Pas de quoi lui enlever l’envie de continuer. Et pourquoi quitter sa deuxième famille, lui qui a transmis le virus à son frère, également pompier volontaire dans le Val-d’Oise, lorsque quelque chose d’indicible vous lie ? « Voyez, note-t-il, des sapeurs-pompiers sont morts récemment en intervention. Nous ne les connaissions pas, nous avons envoyé un chèque à la famille. Chez nous, un pompier a fait une chute de 16 mètres, nous l’avons soutenu jusqu’au bout, épaulé ses proches, ses enfants, jusqu’à ce qu’il remonte dans un camion. C’est une famille. J’aime ça. »


Bon à savoir

EDF et le ministère de l’Intérieur ont signé en juillet 2017 une convention en faveur de la disponibilité des agents sapeurs-pompiers.

Les salariés sont autorisés à s’absenter pendant leur temps de travail pour effectuer des missions opérationnelles et des formations, pendant une durée annuelle maximale de 15 jours (dont au minimum 7 réservés à la formation). EDF s’engage à maintenir la rémunération de ses agents durant ces périodes.

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