Drôle d’endroit pour une belle rencontre

Le duo Qiaochu Li au piano et Jean Ferrandis à la flûte traversière © Eric Raz/ccas

Le duo Qiaochu Li au piano et Jean Ferrandis à la flûte traversière © Eric Raz/ccas

Dans le cadre des rencontres culturelles, le duo Qiaochu Li au piano et Jean Ferrandis à la flûte traversière a inauguré sa tournée au camping Campéole de l’ile des papes en Avignon. Une performance insolite, appréciée, entre autres, par trois spectateurs envoutés.

En ce début de mois d’août, à une heure et demi du « coup d’envoi », difficile d’imaginer que Debussy, Prokofiev ou encore Bach vont entrer dans la place. Dans le brouhaha émanant de la piscine voisine, le va-et-vient permanent des serveuses et des vacanciers, sur la terrasse du restaurant, l’agitation contraste singulièrement avec le programme du jour. Ce soir, au camping, c’est soirée classique ! Au menu, le duo de solistes Jean Ferrandis et Qiaochu Li. Dos au piano, un verre d’eau à la main, le flutiste est sceptique ; mais pas déstabilisé : « C’est un baptême original. C’est la première fois que je joue dans un camping. Mais c’est un beau challenge à relever ». Quatre tables plus loin, la même incrédulité envahit Benoit et Christelle, accompagnés de leurs deux filles. En vacances pour une semaine, les Balnéolais (Hauts-de-Seine) s’interrogent. Ils ne le « sentent pas : Avec les gamines, ça va être dur de rester ! Et puis avec tout ce bruit, on se demande comment les musiciens vont arriver à jouer. » Et pourtant ! Au crépuscule, alors que la piscine se « vide » et que les assiettes se remplissent, la scène offre une bonne dose de surréalisme. La sonate en trio de Bach ouvre les hostilités devant le public, dont une partie est encore attablée et quelque peu bavarde. Quelques regards amusés se croisent quand les moins courageux quittent spontanément leur chaise.

Jean Ferrandis devant le public © Eric Raz/ccas

Jean Ferrandis devant le public © Eric Raz/ccas

De leur côté, les ressortissants de la CMCAS Hauts-de-Seine ont déjà « perdu » la plus âgée… alors que du haut de ses 8 ans, Eden, elle, pose ses yeux sur les mains de la pianiste. Captivée par la dextérité et la virtuosité de Qiaochu, la fillette ne la quittera pas du regard, à en oublier presque son rendez-vous de demain avec « Kendji Girac à Vaison-la-Romaine… » Car pour l’heure, c’est bien sûr du Chopin, pour un piano solo, qu’elle agite ses mains, accompagnant, à sa manière, chaque envolée de la musicienne. A ses côtés, Benoit verse à la fois dans l’empathie et l’étonnement. Pour cet agent EDF dont le père a travaillé à l’opéra de Paris, « quand j’étais môme, je l’accompagnais souvent. Mais je n’entrais pas. Je restais devant les vestiaires… avec mon walkman sur les oreilles », c’est un peu une ironie de l’histoire. Et ce soir pas question de s’isoler. Sous les aigus, parfois percutants, de la flûte d’argent, la joie d’Eden vaut de l’or. « C’est très sympa. C’est une musique très belle. Et puis finalement le cadre s’y prête. On est en vacances, en famille, détendus, et peut-être plus à l’écoute. Car je pense que je ne ferai pas le pas pour franchir les portes d’un opéra. » De son côté, Christelle, enchantée, est plus nuancée. « C’est toujours bien de voir des artistes sur scène. C’est vrai que l’endroit est spécial mais c’est aussi ce qui fait le charme. Je pense que ça peut être un pied à l’étrier pour aller à l’encontre de cette musique qui paraît inaccessible et donner envie aux plus jeunes de jouer d’un instrument. »

Eden, 8 ans © Eric Raz/ccas

Eden, 8 ans © Eric Raz/ccas

Et pourquoi pas Eden ? Subjuguée jusqu’au bout du concert, elle ira au final, non pas demander un autographe, mais une simple bise à sa star d’un soir. « Ce doit être dur de se souvenir des touches », lancera ainsi la fillette happée par l’instrument à cordes. « Mais il faut que tu essayes. Tu devrais faire du piano si ça te plait », lui conseillera d’ailleurs le flutiste engagé dans une discussion à quatre, pleine d’enseignement. Si le challenge a été relevé avec maestria, la musique a indéniablement interpellé, généré des liens entre artistes et spectateurs. Le propre de ses vertus en quelque sorte. Le tout dans un drôle d’endroit pour une belle rencontre.

Intimiste et pédagogique

A la fois artiste musicien au talent notoire, Jean Ferrandis, accompagné de Qiaochu li, a sans doute mis en exergue ses qualités de professeur de conservatoire. Il a su, au départ, non seulement « recadrer » une partie du public assez dissipée, mais aussi entraîner au son de sa flûte l’assemblée vers sa musique, avec une élégance naturelle. Une véritable osmose peu évidente au vu de la configuration de la scène.

Ainsi, c’est en toute humilité qu’avant d’entamer la sonate en trio de Bach il avouera : « Pour moi c’est une première dans un camping, mais pour vous aussi, je suppose. » En passionné qu’il exhortera les spectateurs à « aller vers cette musique » et en toute pédagogie qu’il entamera « Syrinx » de Debussy ou l’histoire de la flûte de Pan. Par sa fougue, littéralement traversé par sa flûte traversière, le Niçois d’origine a conquis un public, certes peu nombreux, mais charmé au fil des morceaux pour un final insolite. Sa « fantaisie » sur Carmen de Bizet…reprise en chœur par des spectateurs complètement libérés. Une prouesse remarquable pour une satisfaction bien légitime : « C’était risqué, mais c’est vraiment une belle expérience, à reconduire sous une autre forme peut-être, mais à refaire ! » Chapeau !

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