En route vers Soulac : Breizh Armada, jour 3

La capitaine Diane Levesque (à g.) indique le cap à Thomas et Didier (à d.), bénéficiaires des CMCAS de Bretagne ©Charles Crié/ CCAS

Mardi 15 mai, deuxième jour de traversée pour l’Unaniezh. En mettant le cap sur l’Île-d’Yeu, les festivaliers bretons se rapprochent toujours un peu plus du festival d’Energies, en construction à Soulac-sur-Mer. Au menu de cette journée : parcourir les 55 miles qui séparent Belle-Île-en-Mer de l’Île-d’Yeu.

Il est 5 heures. Les équipages de la Breizh Armada se réveillent à l’appel radio de Diane, qui sonne le tocsin via le canal 77. Les réponses sont un peu embrumées, mais chacun se prépare à appareiller.

Sur l’Unaniezh, les jeunes sont au taquet. Quelle santé ! Le petit déjeuner avalé, on range tout ce qui traine et le moteur est démarré. Heureusement que nous avons pris notre douche hier soir ! Les plus petits voiliers (l’Anahe, le War ar Mor et le Julutin) prennent un peu d’avance sur l’Unaniezh… Nous passons les tourelles du port de Belle-Île-en-Mer vers 6h30, et le cap est mis sur l’Île-d’Yeu. L’étape est plus copieuse que la veille, nous avons 55 miles à parcourir.

Le temps est beau mais frais, la houle s’est levée et nous avons toujours un vent arrière de nord, nord-ouest à 5-6 nœuds. Dès que nous quittons le port, nous hissons la grand-voile et déroulons le génois (les voiles sont interdites au port). Une fois le moteur coupé, nous apprécions le silence à peine troublé par le cliquetis des cordages sur le mât, le grincement de la coque et le clapotis des vagues fendues par le bateau. Tout le monde est calme, concentré.

Thomas se découvre une vocation de futur skipper. Sous l’œil attentif de Didier, il fait attention aux bouées des pêcheurs le long des côtes de Belle-Île.

Thomas, Pierre et Yann sont particulièrement volontaires, attentifs et motivés malgré la fatigue que trahissent leurs petits yeux ! Ils se mettent à la manœuvre sans rechigner et déploient toute la force de leur jeunesse pour border la grand-voile avec le winch. On les sent vraiment dans l’aventure, heureux et fiers d’être à bord et de se voir confier des responsabilités. « Ce sont des vacances exceptionnelles, on a vraiment de la chance de pouvoir vivre cela tous ensemble, confie Yann ».

Co-skippers en herbe

Le vent de nord-ouest est plutôt frais ce matin, tous ont enfilé leurs tenues chaudes, l’esprit est plus à la régate qu’à la croisière. Tandis que certains vont se reposer un peu, les autres insistent pour mettre le spi (une voile fine et très rapide) et ainsi rattraper les autres bateaux…. Mille sabords ! Diane calme le jeu : « on va commencer par un cours de navigation, et quand vous saurez tous barrer, on verra…. » C’est elle la capitaine, personne ne moufte et les garçons se relaient à la barre. « Il faut sentit la vague arriver de derrière et bien anticiper. » Avec les voiles en ciseaux, c’est assez compliqué, mais on se prend au jeu et au bout d’une heure, Thomas a pris pas mal d’assurance. Nous aurons bientôt quatre co-skippers à bord.

Ici, la table à carte de l’Unaniezh. Diane donne un cours de lecture de carte marine.

Tandis que Diane alterne entre la barre et la table à cartes, chacun va se reposer tour à tour dans la cabine – enfin, pour ceux qui supportent le roulis. Quand tout le monde est réveillé, elle nous indique comment repérer notre position à la table à cartes, ça peut toujours servir en cas de panne du GPS… Nous apprenons à nous servir de la règle cras (règle à double rapporteur), et du compas pointe sèche. Il est déjà midi, et il nous reste 24 miles à parcourir pour rejoindre l’Île-d’Yeu.

Ayant déployé leur spi, le Julutin et le War ar Mor nous devancent toujours de quelques encablures, tandis que nous avons perdu de vue le Silahe à l’ouest il y a déjà quelques heures. Ils ont pris un autre cap… et ne sont même plus joignables par radio. Cela n’inquiète pas plus que cela Diane et Paul : « leur bateau est sain, ce sont de bons marins, il n’y a aucune raison de soupçonner un problème. »

Diane donne un cours de navigation ©Charles Crié/ CCAS

Effectivement, nous les retrouverons au port, à peine une demi-heure après notre arrivée. Quelques problèmes techniques les ont ralenti (leur moteur chauffe un peu, ce qui rend les manœuvres délicates), mais aucun incident sérieux n’est à déplorer.

Quelques frayeurs tout de même

Les seules frayeurs du jour nous auront été données par des pêcheurs : en fin de matinée, deux chalutiers pêchant « à la senne » (les deux bateaux naviguant de conserve, un filet tendu entre eux) nous barrent la route. Comme ils sont en pêche et donc non manœuvrant, il a fallu donner un coup de moteur pour nous en écarter… Un peu plus tard alors que Didier est à la barre, nous fonçons droit sur une bouée orange surplombée d’un drapeau… Concentré sur la tour de l’Île-d’Yeu, le barreur ne l’a pas vue ! Didier donne un coup de barre in extremis pour l’éviter…. nous évitant de nous retrouver avec un filet coincé dans l’hélice.

A l’approche de la côte, les casiers et les filets sont des obstacles qui compliquent la navigation, de même que les bancs de sable, repérables à la couleur plus claire de l’eau.

Yann borde l’écoute de grand voile ©Charles Crié/ CCAS

Diane reprend la barre pour entrer à Port-Joinville à l’Île-d’Yeu, à l’entrée duquel nous retrouvons (et dépassons, juste pour le fun !) le War ar Mor et le Julutin. L’arrivée est moins sympathique que la veille, c’est le moins que l’on puisse dire !

« Allez donc faire du pédalo ! »

L’Unaniezh entre en premier, après que Diane a prévenu de notre arrivée et qu’une place a été attribuée pour chaque bateau. Hélas nous sommes accueillis plus que fraichement par nos voisins de ponton. A peine approchons-nous de son luxueux voilier – juste un peu plus grand que le nôtre – un homme grimpe sur le pont en hurlant que la place est trop petite, terrorisé à l’idée que l’on abîme son bijou…

L’amarrage délicat à Port-Joinville (Île-d’Yeu) ©Charles Crié/ CCAS

« Vous, ce n’est pas le vôtre, mais moi, c’est mon bateau, alors j’y tiens ! », répète-t-il à l’envi tandis que son épouse nous conseille d’aller faire du pédalo. Toujours à la manœuvre, Diane bouillonne intérieurement de colère –comme nous tous – mais reste d’un calme olympien. Elle décide donc d’amarrer le voilier un peu plus loin.

Deux des autres bateaux de la Breizh Armada viennent d’accoster à notre place, près du gréement des odieux retraités. Pas sûr que ces derniers passent la meilleure nuit de leur vie car la joyeuse bande du War ar Mor et du Julutin promet de leur « ambiancer » la soirée !

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