Lumières sur un monde en désordre

Hall d'entrée du Figra 2016 © Charles Crié/CCAS

Hall d’entrée du Figra 2016 © Charles Crié/CCAS

Des histoires de secrets, de migrations, de terrorisme… Le 23e Festival international du grand reportage d’actualité et du documentaire de société (Figra) a livré un panorama saisissant des tourments de l’humanité, mais aussi d’étonnants récits de résistance.

« Avec ce genre de films, on n’est plus le même quand on sort de la salle. » Les soirées de clôture des festivals de cinéma donnent parfois lieu à des enchaînements de formules convenues. Mais ce samedi 2 avril, au centre des congrès du Touquet, le grand prix du Figra méritait largement le compliment. Doublement primé, le documentaire de Bruno Joucla, Au nom de l’ordre et de la morale, nous plonge dans les eaux troubles de la Suisse des années 1950 à 1980. Témoignages et images à l’appui, l’enquête montre une société gangrénée par le conformisme. Une Suisse au-dessus de tout soupçon (1), qui a placé arbitrairement en maison de rééducation, emprisonné et parfois stérilisé des milliers d’enfants et d’adultes au comportement jugé déviant. Les victimes, réunies en association, réclament aujourd’hui reconnaissance, réparation et justice.

Bande Annonce – Au nom de l’ordre et de la morale.

Partenaire du festival depuis neuf ans, la CCAS a remis, par l’intermédiaire de Christophe Vanhoutte, président de la commission communication, le prix Coup de pouce de ce 23e Figra à un duo de jeunes réalisateurs, Lydie Marlin et Andrès Criscaut. Leur projet de documentaire, Barbès batailles, vise à exhumer la mémoire de la Goutte-d’Or, quartier de Paris poursuivi par sa mauvaise réputation. Derrière cette image de ghetto, ce quartier a une « longue tradition de mobilisations qui a contribué à l’émergence d’une parole politique de l’immigration », soutiennent les deux lauréats. Avec ce prix, ils vont pouvoir partir dans de bonnes conditions à la recherche d’un producteur et d’un diffuseur.

Les lauréats du Prix coup de pouce au Figra 2016 © Charles Crié/CCAS

Les lauréats du Prix coup de pouce au Figra 2016 © Charles Crié/CCAS

Le Figra 2016 a consacré une large place aux deux grands sujets du moment : les migrations et le terrorisme. Dans Daech, paroles de déserteurs, de jeunes radicalisés revenus dans leur pays témoignent de leur passage entre les mains de l’Etat islamique. Dans Bienvenue au Réfugistan, on découvre avec stupeur comment le HCR gère les immenses camps de réfugiés en Afrique (2). Un film qui a marqué Julien Gaquerre, 30 ans, président de la SLVie de Dunkerque, habitué du festival, fan de l’émission « Cash investigation » et bénévole à l’association Salam. « J’ai vraiment fait le lien avec ce qui se passe en France. Ici, la question des réfugiés fait tellement polémique… Les gens ont peur, ils ont du mal à accueillir les réfugiés. Ils ne veulent pas se faire embêter par ces gens qui n’ont pourtant rien demandé, qui n’ont fait que fuir leur pays pour chercher refuge. » Ce que Julien apprécie beaucoup au Figra, c’est la possibilité de « s’exprimer, d’échanger, de débattre sur des tonnes de sujets d’actualité et de rencontrer les réalisateurs après les films ». « C’est un super lieu d’expression », ajoute-t-il.

Philippe et Christine BERTOUX au festival Figra 2016 © Charles Crié/CCAS

Philippe et Christine BERTOUX au festival Figra 2016 © Charles Crié/CCAS

La thématique des réfugiés a aussi secoué Philippe Bertoux, président de la SLVie de Saint-Omer-Hazebrouck, et son épouse Christine, choqués de découvrir le traitement réservé aux migrants par le gouvernement australien. « Migrants, la solution Pacifique » montre comment ce gouvernement se débarrasse des indésirables en les parquant dans des îles de Papouasie. « Ils verrouillent totalement leurs eaux territoriales pour empêcher les bateaux d’approcher, explique Philippe. Résultat : « lls n’ont aucune immigration clandestine, mais à quel prix ! Et rien ne filtre car les médias sont totalement muselés. » Au Figra, toutefois, il n’y a pas que des films dont on ressort groggy. Dans « Casabianda, des barreaux dans la tête », on découvre une prison de Corse, sans murs d’enceinte et sans barreaux aux fenêtres. Un cas unique en Europe. « C’est un exemple très positif, assure Christine. Il y a très peu de récidive. Les détenus travaillent, ils ne coûtent rien à personne. » Certains documentaires présentés cette année apparaissent comme des invitations à la résistance. C’est le cas de « Tunisia clash », road-movie intime qui nous transporte dans la Tunisie post-révolutionnaire. Un film où les héros, des rappeurs activistes, ont deux points communs : ils ont tous été emprisonnés pour des chansons jugées subversives et ils sont tous suivis par des centaines de milliers d’internautes. En Tunisie, la révolution des quartiers populaires est toujours en marche. Et si l’on peut en parler, c’est en partie grâce au Figra.


Georges Marque-Bouaret, délégué général du FIGRA © Charles Crié/CCAS

Georges Marque-Bouaret, délégué général du FIGRA © Charles Crié/CCAS

Trois questions à Georges Marque-Bouaret, délégué général du Figra.

Le Figra propose un voyage à la fois « difficile » et « utile », dites-vous. En quoi cela peut-il être utile de montrer des réalités et des images difficiles ?

En regardant ces images, on peut bien sûr détourner la tête, fermer les yeux et dire : tout cela ne me concerne pas. Mais si on veut comprendre pourquoi le monde ne va pas très bien, eh bien il faut voir ce genre de films. Aujourd’hui, il y a une recherche de sens. Les gens veulent comprendre.

Les reportages d’actualité peuvent-ils nous permettre de prendre conscience de ces réalités et de passer à l’action ?
Ils permettent de mieux comprendre les choses. En sortant de ce festival, on comprend mieux pourquoi il y a des migrants à Calais et pourquoi il y en a 17 millions dans le monde. Quand on ne peut plus dire « je ne savais pas », on est en position de pouvoir agir en tant que citoyen. Cette année, nous avons fait venir ici des gens de SOS Méditerranée. Ce sont des gens qui agissent car ils en ont marre de la parlotte : ils ont affrété un bateau et essayent de sauver des migrants en mer. Ils en ont sauvé 197 lors de leur dernier voyage.

Où en est le partenariat avec la CCAS qui finance le prix Coup de pouce ?
Des partenariats comme celui-là, on aimerait en avoir dix, vingt ! C’est non seulement une aide financière mais aussi un comportement qui correspond à nos valeurs. C’est également une aide à la création puisqu’il s’agit, à travers le Coup de pouce, d’aider de jeunes réalisateurs à faire un film. Bref, la CCAS est un partenaire concerné, conscient et accompagnant. Ce n’est pas un partenaire dormant, mais bel et bien un partenaire actif. C’est magnifique. Pourvu que ça dure !

(1) Titre d’un livre de Jean Ziegler paru en 1976.
(2) Certains sont plus peuplés qu’une ville comme Nice.
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