Suzanne Cointe, voix de la Résistance

©Frédéric Guyot/CCAS

Qui connaît Suzanne Cointe ? Son histoire est restée dans l’ombre, comme celle de beaucoup de résistantes. Dans « Les chants d’honneur », Christian Langeois dresse le portrait de cette professeure de piano engagée contre l’occupant nazi, fondatrice de la Chorale populaire de Paris, et qui donna le goût du chant et de la musique aux ouvriers.

Comment avez-vous découvert Suzanne Cointe ?

Je la « croise » lorsque je fais des recherches pour mon livre consacré aux mineurs de charbon à Auschwitz (Mineurs de charbon à Auschwitz, 2012). Puis dans « l’Orchestre rouge » de Gilles Perrault. Elle m’a beaucoup impressionné.

Qu’est-ce qui vous a séduit en Suzanne Cointe au point que vous lui consacriez un livre ?

Je m’intéresse à des personnalités humanistes, engagées dans le XXe siècle. Je suis tombé sous son charme. Un fort tempérament avec des convictions inébranlables, qui vit pleinement les événements de son temps. Issue d’un milieu bourgeois, traditionaliste – sa mère est musicienne, son père est militaire, général –, elle était destinée à vivre une paisible vie d’épouse et de mère de famille. Or, elle s’émancipe, devient très tôt indépendante. C’est une femme exceptionnelle, d’une grande modernité, en avance sur son temps. Elle convainc, par exemple, son frère d’envoyer son neveu dans une école (l’Ecole moderne de Célestin Freinet) aux méthodes éducatives très innovantes pour l’époque.

Quelles raisons l’ont poussée à s’investir dans l’effervescence culturelle du Front Populaire ?

Professeure de piano, c’est une femme de culture. Elle montre un fort engagement social, partageant en cela les valeurs du Front populaire : l’éducation populaire, l’émancipation des ouvriers par l’art et la culture… Dès les années 1930, Suzanne Cointe fréquente le groupe Octobre, formé d’artistes avant-gardistes, militant pour l’émergence d’une culture populaire en opposition à la culture bourgeoise. Du coup, elle s’imprègne de la fantaisie et de l’engagement révolutionnaire de ses compagnons.

Ses convictions humanistes et sa passion pour la musique la conduisent tout naturellement à participer activement aux initiatives de développement culturel portées par le Front populaire. Rappelons que c’est la première fois dans l’histoire de la France qu’un gouvernement mène une politique qui pose, sur un pied d’égalité, des ambitions artistiques, culturelles et des revendications sociales et salariales. La musique est sans doute le domaine qui a le plus rapproché les intellectuels du peuple. Suzanne est persuadée que la musique comme le chant, au même titre que la lecture ou le théâtre, contribuent à  l’émancipation de la classe ouvrière. Elle s’efforce donc de les lui rendre accessibles.

« Pour faire venir le peuple à la musique, il faut lui en faire faire et, pour commencer, il faut le faire chanter »

En 1936, elle crée et dirige la Chorale populaire de Paris qui réunit des musiciens professionnels et des amateurs issus du monde du travail. Elle se sent proche du peuple, de son vécu et de ses préoccupations. « Nos chants traduisent les grands sentiments humains, la résignation forcée, la douleur, la colère, l’espoir. En un mot, ils aspirent à la liberté », dit-elle.

Et quelles sont les raisons qui plus tard l’ont poussée à rejoindre la Résistance ?

Dès 1940, l’occupant nazi interdit la Chorale populaire de Paris. Suzanne, qui a été élevée avec un fervent sentiment patriotique, est profondément antifasciste, très attachée à l’Union soviétique, alliée de la France. Elle parle couramment allemand. De plus, elle côtoie des artistes, intellectuels, réfugiés politiques venus de toute l’Europe, Juifs pour la plupart, qui appartiennent à l’Internationale communiste. Par conséquent, elle baigne dans un milieu révolutionnaire qui forge ses opinions politiques. Tout cela favorise son recrutement dans un réseau de renseignements soviétique. Suzanne Cointe paiera son engagement au prix de sa vie.

« Les Chants d’honneur. De la Chorale populaire à l’Orchestre rouge – Suzanne Cointe (1905-1943) », de Christian Langeois, préface de Gilles Perrault, éd. Cherche Midi, 2017, 192 p, 19,80 euros.

Retrouvez Christian Langeois cet été dans les centres de vacances CCAS :
À Bessèges (30), le 14 août ; à Aimargues (30), le 15 août ; au Cap d’Agde (34), le 16 août ; à Portiragnes (34), le 17 août ; à Sérignan (34), le 18 août.

Spectacle vivant, lecture, éducation populaire… Retrouvez le programme des rencontres culturelles et sportives de la CCAS dans la brochure 2017.

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